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Rencontre avec Léonora Miano : entre Afrique et diaspora
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Interview

Rencontre avec Léonora Miano : entre Afrique et diaspora

30 mars 2026 10 min de lecturePar Équipe Yupata

Romancière camerounaise établie en France, Léonora Miano est l'une des voix les plus importantes de la littérature africaine contemporaine. Elle nous parle de son œuvre, de l'identité et du rapport à la langue française.

Léonora Miano est née au Cameroun et vit en France depuis 1991. Auteure d'une quinzaine d'ouvrages — romans, essais, nouvelles — elle est l'une des écrivaines africaines les plus primées de sa génération. Prix Femina, Prix Goncourt des lycéens, Grand Prix de Littérature de l'Académie française... Son œuvre explore sans relâche les thèmes de l'identité, de la mémoire et des relations entre l'Afrique et sa diaspora. Nous l'avons rencontrée pour Yupata.

Yupata : Comment définissez-vous votre rapport à l'écriture ?

Léonora Miano : Pour moi, l'écriture est avant tout une nécessité. Pas un choix, pas une vocation romantique — une nécessité absolue. Je n'écris pas pour être publiée ou reconnue. J'écris parce que l'écriture est le moyen par lequel je comprends le monde et me comprends moi-même.

Yupata : La question de l'identité est centrale dans vos livres. Pourquoi ?

Léonora Miano : Parce que c'est la question fondamentale de mon existence et de celle de millions d'Africains de la diaspora. Qui sommes-nous ? À qui appartenons-nous ? Comment réconcilier les différentes parts de soi — africaine, européenne, universelle — sans en renier aucune ? La littérature est le seul espace où je peux explorer ces questions sans avoir à trancher.

Yupata : Vous écrivez en français, la langue du colonisateur. Comment vivez-vous ce paradoxe ?

Léonora Miano : Je refuse le terme de paradoxe, car il sous-entend qu'il y aurait une contradiction. Le français est une langue africaine depuis des siècles. Des millions d'Africains la parlent, la transforment, la font vivre. Ce qui m'intéresse, c'est de faire entendre dans cette langue des voix, des réalités, des imaginaires qui n'y ont pas encore trouvé leur place. C'est cela, mon projet littéraire.

Yupata : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes écrivains africains ?

Léonora Miano : De lire énormément. Pas seulement la littérature africaine ou francophone, mais toute la littérature mondiale. Et d'écrire ce qu'ils ne trouvent pas encore dans les livres. L'Afrique a besoin de ses propres mythes contemporains, de ses propres héros, de ses propres imaginaires. C'est aux jeunes écrivains africains de les créer.

Yupata : Quels sont vos projets à venir ?

Léonora Miano : Je travaille sur un nouveau roman qui explore les relations entre les générations au sein des familles africaines de la diaspora. Comment transmet-on ? Que transmet-on ? Qu'est-ce qui se perd et qu'est-ce qui survit ? Ce sont des questions qui m'habitent depuis longtemps et que je n'ai pas encore eu le temps d'explorer complètement.

Retrouvez l'intégralité de l'œuvre de Léonora Miano sur Yupata, en version numérique et audio.

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